10 octobre 2009

D'elles en ailes ...

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 Hier après-midi, juste après le repas, quand la fatigue enlace, le soleil fait langueur à force de taper sur les fenêtres, le chat se laisse couler tranquillement sur le sol, en flaque vivante, ensommeillée, j'ai ouvert le chemin.

Les ailes du désir, vierge de l'histoire ou presque, de la manière de travailler de Wim Wenders, du pourquoi de ce film.

Mes paupières ne se sont pas closes une seconde, les voitures, les voix dans la rue, les cris des enfants, rien ne m'a détournée de ces images, de cette histoire qui se déroulait, me happait. Médusée de la découverte, des dires, des décors, des regards, des gestes, des attitudes, des doutes...

2 h 30 plus tard…

Dans le tramway les gens, les jeunes filles aux corps moulés, les garçons qui leur sourient, qui mirent la bretelle sur l'épaule qui ne glisse pas. Ceux qui montent, ceux qui descendent, ceux qui attendent, les échanges furtifs séparés par une vitre, les regards qui se cognent involontairement et s'éloignent. Résonances, accompagnée de là, les voix... Lorsque l'enfant était enfant... Le timbre du conteur d'histoire, le chapeau, la voix suave de Solveig, ses yeux, le corps en plumes, le regard de Bruno, la fossette, la tête inclinée, la main sur l'épaule d'Otto, le bras qui repose sur le genoux, le miroir, le chapeau, le sourire en esquisse de Peter, la gravité de l'enfant...

En échos... je suis à l'écoute, je suis ouverte, je réponds je souris mais je suis  simplement ailleurs, restée entre deux murs, sur le trapèze, sur les toits, dans la rue, l'escalier, la salle, entre deux soldats, je suis en vagues sur ces terrains là.

En noir et blanc sans le vouloir... Plongée dans la quiétude d'une bulle, je marche, pas envie de parler, juste d'écouter, restée à l'heure d'une sieste, entre mes murs qui tombent comme un voile de sable..

Je suis dans ce matin d'un 1er qui me plait, caressée par des tessitures, des mots importants, les gens qui attendent, l'étoile jaune, le chapeau de l'invisible, la canne, la main sur l'épaule... Le décalage me rassure, me protège parfois.. La bulle m'enrobe comme un parfum sans que je lui demande, elle fait comme elle veut... C'est elle aussi qui m'ose à lever la tête vers le ciel dans la foule, juste pour saisir la danse des nuages entourant une tour, un clocher. C'est elle qui me fait croiser un regard, sans que question ne me vienne du pourquoi ? Juste le picorer... Je me sens inexplicablement belle d'être sereine, en plénitude. Et peu m'importe si c'est vrai ou non. Je me sens belle de vivre, de cette conscience là... en amour propre de la vie tout bêtement..

Alors oui, je suis en elle, en elles, en ailes du désir... Désir de marcher, oscillant entre noir et blanc et couleurs et cela me sied... je ne veux être personne d'autre que moi, je me moule dans ce que je suis, que ça n'aille ou pas, bon ou mauvais... Je marche sans réclamation, sans me retourner vers un hasard... Je ne porte pas d'armure sous le bras, tant pis, temps mieux. Je n'ai pas de fierté, l'orgueil ce n'est pas une vanité, mon orgueil c'est entre lui et moi seulement, c'est je suis debout, quand je tombe je me relève toujours, comment est ce possible ?

... Je suis l'enfant.........celui là même du poème de Peter Handke ......

Lorsque l'enfant était enfant,
il marchait les bras ballants,
voulait que le ruisseau soit rivière
et la rivière fleuve,
que cette flaque soit la mer

Lorsque l'enfant était enfant,
il ne savait pas qu'il était enfant,
tout pour lui avait une âme
et toutes les âmes étaient une

Lorsque l'enfant était enfant,
il n'avait d'opinion sur rien,
il n'avait pas d'habitudes,
il s'asseyait en tailleur,
démarrait en courant,
avait une mèche rebelle
et ne faisait pas de mines quand on le photographiait...

Lorsque l'enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes:
pourquoi suis-je moi, et pourquoi pas moi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi pas là ?
Quand commence le temps et où finit l'espace ?
La vie sous le soleil n'est-elle pas un rêve ?
Ce que je vois, entend, sens, n'est-ce pas simplement
l'apparence d'un monde devant le monde ?
Le mal existe-t-il vraiment et des gens
qui sont vraiment les mauvais ?
comment se fait-il que moi, qui suis moi,
avant de devenir, je n'étais pas,
et qu'un jour moi, qui suis moi,
je ne serai plus ce moi que je suis

.... En revenant, j'ai levé la tête, cherchant entre deux gargouilles... et en frémissement d'impatience à cet instant précis de poser avec douceur la pointe du pied sur le vélo et de crier en silences aux ruelles "notre histoire sera"...


rédigé le 01 mai 2005  ce filigrane dans l' Elle au présent...

 

Posté par Souffle erre à 22:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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